dim. Sep 27th, 2020

La vague de manifestations qui déferle actuellement sur le monde est le reflet du dysfonctionnement continu d’un grand nombre de sociétés, malgré des progrès sans précédent dans la lutte contre la pauvreté, la faim et la maladie. Le dénominateur commun, soutient un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), n’est autre que les inégalités.
« Différents détonateurs poussent les populations à descendre dans la rue : le coût d’un billet de train, le prix de l’essence, les revendications politiques d’indépendance. Ces manifestations sont une nouvelle expression des inégalités et, comme le fait ressortir le Rapport sur le développement humain, les inégalités ne sont pas sans solutions », déclare Achim Steiner, Administrateur du PNUD.


Le Rapport sur le développement humain (RDH) 2019, intitulé « Au-delà des revenus, des moyennes et du temps présent : les inégalités de développement humain au XXIe siècle », explique qu’au moment même où les écarts de niveau de vie de base se resserrent pour des millions de personnes, les besoins pour réaliser son potentiel évoluent.
Une nouvelle génération d’inégalités voit le jour, autour de l’éducation, mais aussi autour de la transformation technologique et des changements climatiques — deux grands bouleversements qui, faute d’être maîtrisés, pourraient déclencher une « nouvelle grande divergence » dans la société, sans pareille depuis la Révolution industrielle.
Dans les pays à développement humain très élevé, par exemple, les abonnements au haut débit fixe progressent 15 fois plus vite que dans les pays à développement humain faible. La proportion d’adultes ayant fait des études supérieures, augmente plus de six fois plus vite.
« Les études universitaires ou le haut débit, autrefois considérés comme un luxe, sont de plus en plus importants pour réussir. Ceux qui n’ont qu’un niveau de vie de base voient disparaître les barreaux de l’échelle qui mène à leur avenir », affirme Pedro Conceição, directeur de l’équipe du RDH. Cette édition 2019 innove en présentant une méthode plus holistique de mesurer des progrès des pays, au-delà de la seule croissance.
Le rapport analyse les inégalités en trois temps : au-delà des revenus, au-delà des moyennes et au-delà du temps présent. Il soutient que le problème des inégalités n’est pas sans solutions et propose des trains de mesures pour s’y attaquer.
Penser au-delà des revenus
Deux indices apparentés, l’indice de développement humain 2019 (IDH) et l’indice de développement humain ajusté aux inégalités 2019, montrent que les inégalités dans la répartition de l’éducation, de la santé et des niveaux de vie empêchent les pays de progresser. Selon ces indicateurs, les inégalités expliquent une perte de progression du développement humain de 20 % en 2018. Aussi le rapport recommande-t-il des politiques qui s’intéressent aux revenus, mais qui aillent aussi au-delà des revenus, à savoir :
• Investissement dans la petite enfance et tout au long de la vie : les inégalités commencent même avant la naissance et peuvent s’accumuler jusqu’à l’âge adulte, exacerbées par des différences de santé et d’éducation. Par exemple, aux États-Unis, le vocabulaire des enfants de cadres est trois fois plus riche que celui des enfants de familles dépendant des prestations sociales, ce qui retentit sur leurs résultats aux tests ultérieurs. Par conséquent, les politiques de lutte contre les inégalités doivent elles aussi commencer à la naissance ou avant, notamment l’investissement dans l’apprentissage, la santé et la nutrition des jeunes enfants.
• Productivité : de tels investissements doivent se poursuivre tout au long de la vie des personnes, quand elles gagnent leur vie sur le marché du travail et après. Les pays dont la population active est plus productive affichent généralement une moins forte concentration de richesses au sommet de l’échelle de répartition des revenus grâce, par exemple, à des politiques qui accordent plus de pouvoir aux syndicats, fixent un salaire minimum approprié, facilitent le passage de l’économie informelle à l’économie formelle, investissent dans la protection sociale et attirent les femmes sur le marché du travail. Les politiques d’accroissement de la productivité ne sont toutefois pas suffisantes. L’influence économique croissante des employeurs est liée à la diminution de la part du revenu des travailleurs. Les politiques antitrust et autres mesures de protection sont indispensables pour rééquilibrer les rapports de force sur le marché.
• Dépenses publiques et fiscalité équitable : le rapport avance que la fiscalité ne peut pas être considérée isolément, qu’elle doit faire partie d’un système de politiques englobant les dépenses publiques en santé, en éducation et en alternatives au carbone. Les politiques intérieures sont de plus en plus influencées par le débat sur l’impôt des sociétés à l’échelle mondiale, soulignant l’importance de nouveaux principes de fiscalité internationale : pour un impôt plus équitable, pour éviter le nivellement par le bas des taux d’impôt des sociétés — d’autant plus que la transformation numérique est porteuse de nouvelles formes de valeur pour l’économie — et pour détecter et décourager l’évasion fiscale.
Regarder au-delà des moyennes
Les moyennes masquent souvent la réalité des sociétés, explique le RDH. Elles sont certes utiles pour brosser un tableau général, mais des informations plus détaillées sont nécessaires pour créer des politiques qui s’attaquent efficacement aux inégalités. Il en est ainsi de la lutte contre la pauvreté multidimensionnelle, de la satisfaction des besoins des plus désavantagés, par exemple des personnes en situation de handicap, et de la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation. Par exemple :
• Égalité des sexes : les tendances actuelles laissent entendre qu’il faudra 202 ans pour combler ne serait-ce que l’écart économique entre les hommes et les femmes, affirme le rapport. L’omerta sur les maltraitances se brise, mais le plafond de verre qui limite la progression des femmes reste intact. Les efforts dans le sens de l’égalité se heurtent à des préjugés et des réactions brutales. Par exemple, à l’heure même où les progrès sont censés s’accélérer pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030, l’indice d’inégalité de genre 2019 du rapport révèle une tendance inverse.
Un nouvel « indice des normes sociales » inclus dans le rapport indique que les préjugés sexistes augmentent depuis quelques années dans la moitié des pays considérés. Environ 50 % des habitants de 77 pays pensent que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques que les femmes, et plus de 40 % sont d’avis que les hommes font de meilleurs cadres. Pour cette raison, des politiques qui s’attaquent aux partis pris sous-jacents, aux normes sociales et aux structures du pouvoir sont indispensables. Par exemple, des politiques pour équilibrer la répartition des soins, en particulier des enfants, sont essentielles, affirme le rapport, au vu du fait qu’une grande partie de la différence de revenus du travail entre les hommes et les femmes tout au long de leur vie intervient avant 40 ans.
Planifier au-delà du temps présent
Au-delà du temps présent, le rapport s’interroge sur l’évolution envisageable des inégalités en s’intéressant plus particulièrement à deux grands bouleversements qui modèleront la vie jusqu’au XXIIe siècle :
• La crise climatique : Les manifestations mondiales en attestent, les politiques essentielles pour faire face à la crise climatique, comme la tarification du carbone, peuvent être mal gérées, au risque d’augmenter les inégalités ressenties et réelles pour les moins nantis, qui dépensent une plus grande partie de leurs revenus en biens et services énergivores que leurs voisins plus aisés. Si les recettes de la tarification du carbone sont « recyclées » au profit des contribuables dans le cadre d’un plus large train de mesures sociales, avancent les auteurs, ces politiques pourraient alors réduire les inégalités au lieu de les accroître.
• La transformation technologique : la technologie, y compris sous forme d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, de solutions numériques pour la finance et la santé, laisse entrevoir comment l’avenir des inégalités pourrait rompre avec le passé, si les opportunités peuvent être saisies rapidement et largement partagées. L’histoire est ponctuée de révolutions technologiques à l’origine d’inégalités profondes et persistantes — la Révolution industrielle a non seulement causé la grande divergence entre les pays industrialisés et ceux qui dépendaient de matières premières, elle a également donné le jour aux modes de production qui ont mené à la crise climatique.
La mutation qui s’annonce ne s’arrête pas au climat, avance le rapport, mais une « nouvelle grande divergence », sous l’effet de l’intelligence artificielle et des technologies numériques, n’est pas inévitable. Le RDH recommande des politiques de protection sociale qui, par exemple, garantiraient une juste rémunération du crowdworking, l’investissement dans l’apprentissage tout au long de la vie pour aider les travailleurs à s’adapter ou à se recycler dans de nouveaux métiers, un consensus international sur la taxation des activités numériques — autant de pierres à l’édifice d’une économie numérique nouvelle, sécurisée et stable qui soit une force de convergence, non pas de divergence, du développement humain.
« Ce Rapport sur le développement humain met en lumière les préjudices profonds causés à nos sociétés par les inégalités systémiques et en explique les raisons », explique Steiner. « Les inégalités ne se mesurent pas par la simple comparaison du revenu d’un individu avec celui de son voisin. Elles s’évaluent en s’intéressant à la répartition inégale des richesses et du pouvoir : aux normes profondément enracinées, tant sociales que politiques, qui poussent aujourd’hui les populations à descendre dans la rue, aux déclencheurs des manifestations futures si rien ne change. Reconnaître le vrai visage des inégalités est un premier pas ; la suite est un choix qu’il appartient à chaque dirigeant de faire ».

À PROPOS DU PNUD : Le PNUD forge des partenariats à tous les niveaux de la société pour aider à construire des nations résilientes, afin de mener à bien une croissance qui améliore la qualité de vie de chacun. Présents dans plus de 177 pays et territoires, nous offrons une perspective mondiale et des connaissances locales au service des peuples et des nations.

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