jeu. Avr 9th, 2020

Coronavirus RDC : l’Etat d’urgence et ses retombées TRIBUNE DU JOURNALISTE ET ANALYSTE POLITIQUE CONGOLAIS, OLIVIER TSHIMANGA

Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a proclamé l’État d’urgence sanitaire le mardi 24 mars 2020 conformément à l’article 85 de la Constitution à cause de la pandémie à Coronavirus qui sévit depuis en temps. C’était à l’issue des concertations amorcées lundi dernier entre le Chef de l’État, le Premier Ministre et les Présidents des deux Chambres (l’Assemblée Nationale et le Sénat), conformément aux articles 144 et 145 de la constitution, que le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, s’est adressé à la nation congolaise au travers d’un message à travers la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC).

L’État d’urgence vient renforcer les mesures préventives contre le Covid 19 dictées par le Chef de l’État le vendredi 20 mars dernier.

Il y a lieu de dire que la mesure de décréter l’État d’urgence a des retombées tant positives que négatives, selon le journaliste Olivier Tshimanga.

De prime à bord, l’État d’urgence ou l’État de siège qu’est-ce ?

C’est une mesure prise par le Président de la République, en ce qui concerne la RDC, en cas de péril imminent dans un pays, conduisant à restreindre certaines libertés fondamentales.
C’est une mesure qui peut-être d’application sur toute l’étendue ou une partie du territoire national.

L’Article 85 de la constitution renseigne que : « Lorsque des circonstances graves menacent d’une manière immédiate l’indépendance ou l’intégrité du territoire national ou qu’elles provoquent l’interruption du fonctionnement régulier des institutions, le Président de la République proclame l’état d’urgence ou l’état de siège, après concertation avec le Premier Ministre et les Présidents des deux chambres du Parlement, conformément aux articles 144 et 145 de la présente constitution. Il en informe la nation par un message ».

Au cours de la période de l’État d’urgence, certaines libertés fondamentales sont restreintes, notamment la liberté de circulation, de culte, ou la liberté de la presse.

À travers l’ordonnance déclarant l’État d’urgence sanitaire le mardi 24 mars, le Président de la République vient de se ratrapper en ne violant pas la constitution tout en respectant la procédure, appliquant l’article 85 de la constitution. Il vient de se racheter face aux failles de ses premières mesures d’autant plus qu’elles réduisaient certains droits fondamentaux et libertés individuelles des citoyens sans être couverts par une base légale.

Lorsque l’État d’urgence est décrété, l’ordonnance de proclamation de ce dernier précise la durée de la mesure exceptionnelle, mais le Président Tshisekedi a fait montre d’un silence de haut niveau sur cet aspect, toutefois on pourrait attribuer ce silence à l’incertitude sur l’évolution de la pandémie à Coronavirus.

Par ailleurs, l’article 144 de la constitution précise que cette durée peut aller jusqu’à 30 jours; suivant le cas échéant de l’autorisation de prorogation pour des périodes successives de quinze jours.

La proclamation de l’État d’urgence ne permet pas de déroger à certains droits fondamentaux et interdictions absolues, en particulier le droit à la vie, l’interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants, l’esclavage et la servitude, la liberté de pensée, de conscience et de religion.

Certains Constitutionnalistes avertis pensent que le Chef de l’État a violé la constitution en son article 119. Pour eux, les deux chambres devraient se réunir en congrès pour autoriser la proclamation de l’État d’urgence, mais il est utile de préciser que le monde entier traverse une période exécrable sur le plan sanitaire. Les deux chambres du parlement congolais avaient ouverts la session ordinaire de mars le lundi 16 mars dernier, peu après ils ont pris la décision de suspendre les plénières le 19 mars soit deux jours après la rentrée parlementaire à cause du Covod 19.

Précisons que l’État d’urgence que vient de proclamer le Président de la République est particulier, car il est soutenu par des motifs sanitaires. C’est un régime d’exception particulièr.

En réalité, c’est une occasion qui a permis au Président Tshisekedi de donner une assise légale aux mesures précédentes, mais aussi de renforcer les mesures susdites pour leur efficacité de la mise en quarantaine de la ville de Kinshasa, l’unique foyer victime du Covid 19 et officiellement reconnu en RDC.

Du côté de la population, nous avons effectué la ronde de la ville de Kinshasa et nous avons découvert une réalité : « Après l’État d’urgence égale avant l’État d’urgence » c’est-à-dire la population kinoise n’est pas arrivée à démystifier ce que l’on entend par l’État d’urgence. Elle vaque librement à ses obligations sans tenir compte des conditions sanitaires édictées pour prévenir la circulation du Covid 19.

L’avenir nous dira.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *